4- Sous la neige, et les aurores boréales…

En longeant la vallée de Rappadalen vers le sud, un demi mètre de neige s’abat sur ma tente dans la nuit… Pas évident pour faire la trace, ni idéal pour voir des aurores boréales… Pourtant, avec un peu de patience…

Lundi 9 Carré des prédateurs – Lulep Spadnek 12h-18h 15 km  -5°C à 0°C

 Je quitte ce magnifique endroit,  pour descendre la vallée de Rappadalen. De très nombreuses traces d’animaux sont imprimées dans la neige.

Je suis bien fatigué  de la sortie de la veille, et avance à une allure très réduite ! Des nuages arrivent  rapidement face à moi, et je ne verrai pas grand chose de la journée… J’essai de trouver mon chemin en longeant le lit de la rivière… Au bout de 15 km, je suis un peu trop fatigué, et monte la tente près du de la montagne du Lulep Spadnek, non loin d’un endroit où la rivière “sort” de la neige. Je me fais la réflexion que c’est la première fois depuis le début que j’entend l’eau qui coule. Le paysage devient tout de suite plus vivant, cela contraste avec la neige et glace des derniers jours.

 

Mardi 10 Lulep Spadnek – Aktse 12h19h 15km 0°C à +4°C

A louer : habitation pour 1 à 2 personnes, intégration parfaite au paysage. Commodités à quelques jours de marche !

Je suis réveillé au milieu de la nuit par des bruits étranges… un animal gratte la tente ? Non, c’est la neige qui s’accumule sur la toile, et glisse régulièrement. Au bout d’un moment, plus de problème, tout est entièrement recouvert ! Au matin, c’est 50 cm de neige fraîche qui recouvre le paysage, et ma tente… La vitesse de progression est ridicule dans cette neige lourde et collante… 1km/h en forçant comme un âne. Si j’avais su, j’aurai continué un petit peu plus la veille. A cela vient se rajouter une difficulté supplémentaire : trouver son chemin en évitant la rivière, qui ici devient importante en débit. Il faut par endroit traverser des ponts de neige,  mais avec la neige fraîche, et le brouillard, il est très difficile de distinguer ce qui m’attend 50 m plus loin. Plusieurs fois je jouerai la sécurité en faisant des détours, en escaladant de bonne grosses pentes ou en prenant des dévers permettant de repousser les limites de la “pulkabilité” ! Le fait d’être tout seul rajoute évidemment du piment, quand on se retrouve l’avant de la pulka coincé dans un gros paquet de poudreuse… en y étant soi-même dedans jusqu’au genoux, avec un mur de neige devant… Quelques moment de rigolade…

L’appareil photo ne sera pas sorti aujourd’hui ! Trop fatigué, trop de blanc, trop de poudre ! J’arriverai à 19h au refuge de Aktse, mon objectif du jour. Premier contact social depuis un petit moment, avec un charmant couple de Stockholm, et la très accueillante gardienne. Ca fait bizarre d’être sous un toit, et le poële qui chauffe la pièce me met littéralement en nage ! Il fait 14°C, au secours ;-)

 

Mercredi 11  Aktse – Sitojaure – Rinim 10h30 – 17h 20km 0°C

Je voulais voir le fameux Skierfe, montagne qui domine la Rappadalen, mais la météo ne s’étant pas spécialement arrangée, il n’y a pas d’intérêt à monter là haut… Tant pis. Je remonte au nord vers le lac Sitojaure pour le dernier tronçon du périple. Je suis à présent sur la Kungsleden, la Voie Royale, et à partir d’ici je rencontrerai plus de monde. Une longue descente mène vers le lac Sitojaure, et j’ai bien envie de tenter un petit record de vitesse avec ma pulka. Il y a quasiment 1 km de descente. Je me met en position, fonce, et le GPS me donne une vitesse max de 30, puis 35…et enfin 38,3 km/h… Ca secoue sérieusement avec la pulka qui pousse derrière ! Il faut bien se donner de petits défis quand on est seul…

J’arrive donc à toute allure au niveau du lac, puis décide de le longer pour aller en direction de Rinim, un camp de Same à l’extrémité ouest du lac. J’établirai mon camp après deux heures de traverser sur le lac, dans un recoin de la rive, bien à l’abri dans la petite forêt.

 

Jeudi 12 Rinim – Lac Sitojaure – Début Bastavagge – retour 9h-18h 25km -6°C

Je me lève avec de grandes intentions (tour de la Bastavagge, une autre ascension…), mais la météo capricieuse  (nuages et vent) les réduits à néant. J’ai un jour de libre dans le programme, je vais donc laisser la tente et faire un tour sur le lac rencontrer les pêcheurs. Je fais ainsi connaissance de Tony, qui m’explique les bases de la pêche sur glace. Bon, ce n’est pas très compliqué en même temps !

Après deux heures à discuter, pêcher et boire du thé bien chaud, je continue mon tour pour voir le début de la Bastavagge, plus au nord ouest. Un bon gros vent bien puissant m’accueil, mais comme il ne fait pas très froid, je fais, une fois n’est pas coutume, une petite sieste.

J’attendrai en vain une belle lumière pour des photos… je savoure simplement d’être là, plongé dans la nature pour encore quelques jours. Au retour à la tente, en étant sur le lac, il m’arrive quelque chose qui ne m’était jamais arrivé : je me sens nauséeux. En fait, je me rend compte que je manque de repères visuels en étant au milieu du lac. Blanc sur blanc (il fait très nuageux, voire brumeux), aucun végétal, aucune pierre, aucun relief. J’avance mécaniquement, mais cela ne donne pas de modification visuelle immédiate … Etrange étrange. Je me rapproche de la rive et des arbres pour vérifier si c’est bien cela, et effectivement tout va mieux. J’imagine ceux qui sont en antarctique ou sur la banquise… 18h, bien fatigué l’air de rien par ces heures passées dehors dans le vent, j’enfile mes fameuses doudounes de pied comme chaque soir, et m’endors pour une autre petite sieste… Je me réveillerai à 23h, sans avoir mangé ! Cela dit, mon but en faisant cette sieste était de pouvoir rester éveiller une partie de la nuit pour attendre les aurores boréales si le ciel venait à se dégager. J’entend déjà que le vent s’est complètement calmé.

Je jette un coup d’oeil dehors : le ciel est enfin à peu près dégagé, et la luminosité est parfaite pour pouvoir commencer à observer des aurores…  C’est juste dommage qu’il y ait ces nuages là… ils sont un peu jaunes quand même ces nuages non ? Mais… c’est le début d’une aurore là sous mes yeux en fait ! Hop hop, je prend le matériel photo, et vais m’installer plus loin sur le lac pour avoir une vue dégagée. Les couleurs s’intensifient petit à petit, c’est magnifique. Du jaune, du vert, du pourpre… Autant je trouvais “belle” la première aurore au début du périple, autant je trouve celle-ci complètement émouvante ! C’est fabuleux ces variations de couleurs, ces mouvements lents ou rapides. La structure change entièrement toutes les 30 secondes. Parfois un grand arc coloré embrasse une grande partie de l’horizon, parfois un faisceau de lumière semble venir du zenith juste sur nous, avant de se transformer en une volute colorée… Très étrange d’observer ces variations, et j’ai beau être un physicien, et imaginer le champ magnétique et les particules responsables, je trouve incroyable de pouvoir contempler un tel spectacle, tellement vivant !

Je resterai une bonne partie de la nuit à observer et photographier tout cela, complètement excité, avant de me souvenir que je n’ai toujours pas mangé ! 2h du matin, je rentre à la tente me faire une soupe et des pâtes bolognaises…

sarek-75

 

Vendredi 13 Rinim – Saltoluokta – 8h30 – 17h 25 km -5°C

Dernière journée. Mon principal objectif : arriver à 17h à Saltoluokta pour prendre une bonne douche et profiter du délicieux repas servi à 18h au refuge (Fjällstation). Je repars sur le lac vers l’est à toute vitesse grâce au vent dans le dos. L’aide du vent est énorme, je fais du 8 km/h sans forcer ! Je suivrai la Kungsleden toute la journée, en profitant de ces derniers instants sur les skis en Laponie… Le soleil fait étinceler les montagnes, tout comme le premier jour du l’aventure.  Les derniers kilomètres descendent sur Saltoluokta, et à la fin, d’après la carte, le terrain me paraît propice pour une nouvelle tentative de record de vitesse… Je fonce, la pente s’accentue, le GPS indique 30, 35… 40,3km/h !!! Voilà le mur des 40 est brisé, nouveau record régional du jour. Satisfaction personnelle, cela me permet d’arriver juste à temps pour la douche et le repas du soir (on peut se resservir à volonté… Je vous laisse imaginer le carnage !) Le soir sauna, avec une superbe vue sur le lac gelé et les montagnes…

 

Samedi 14 Saltoluokta – Lac – Retour – 20km 0°C

Le bus est prévu à 16h l’après midi, cela laisse le temps de faire un petit tour… Mon corps réclame un dernier effort physique pour profiter du superbe paysage. Je décide de remonter au niveau du lac au dessus de Saltoluokta. Sans la pulka, tout est plus facile… Je savoure ces derniers instants… Quel bonheur !

 

 

 

 

 

 

  1. Pingback: 3- Ascension au milieu du Sarek

  2. Roland Morard says:

    Bonjour Guillaume ,
    je tiens à te féliciter pour ton reportage qui me donne envie de partir à l’aventure comme tu l’as fait . Je suis allé cet été en Norvège ce qui faisait mon premier voyage en terre nordique et je suis tombé sous le charme de la nature sauvage , des montagnes et fjords mais aussi de ses vallées et hauts-plateaux . Comment as-tu préparé ton itinéraire ? Tu peux me répondre à mon adresse mail si tu en as le temps . Merci et très bonnes salutations Roland

  3. Bonjour,

    Magnifique reportage qui donne envie. Je vais au Sarek en hivers pratiquement chaque année, depuis une dizaine d’année. Ce printemps, je n’ai jamais vu autant de monde et, surtout, des français partout … Les allemands, classiquement les plus nombreux, se faisaient presque rare (en étant pas moins nombreux ;-) Sans doute ce magnifique reportage y a-t-il contribué ?

    Alors, je me permet de souligner un point, il y a eut un mort au moins ce printemps. un polonais tombé à travers une corniche de la rivière à mikka stugan, un jour de très beau temps, à 100 mètre de la cabane, un endroit très fréquenté. Et la glace était très fine cet hivers car la neige est arrivée tôt à l’automne et a isolé la glace, on attend des accident de moto-neige au printemps.

    Ce sont des points à rajouter à ce reportage. La capacité de Guillaume à être prudent Par exemple les traversées de la rapa avec 50cm de poudreuse, ne doit pas faire oublié que l’isolement de sarek est dangereux, intrinsèquement.

    Geoffroy@geoffroy.name

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